Archives pour la catégorie Traductions H.I.É.

Maté la traduction

7 février 2013 0 commentaire

Vu sur un emballage de maté.

Visiblement, Anglais, Espagnols et Néerlandais étaient payés au mot source et pris par le temps (« Comment ça pas d’eau bouillante ? Ils nous cassent les pieds, les bouffeurs de grenouilles, avec leurs instructions gastronomiques à la noix! »). L’Allemand, par contre, devait facturer au nombre de signes cible.

Le silence est d’or

19 octobre 2010 4 commentaires

Le silence est d’or, dit-on ? Mon blog doit donc être d’une richesse exceptionnelle, mais comme je suis partageur, je reprends la parole!

Aujourd’hui, je vous propose de faire un petit détour par le monde de la mode. Loin d’être un fashionista (on sait très bien que les traducteurs deviennent free-lance uniquement pour passer la journée en pyjama), je suis de plus en plus étonné par les « traductions » des slogans et publicités de mode. À vrai dire, je n’y prêtais pas vraiment attention avant de lire le message des Piles Intermédiaires au sujet de la pub Gap. J’ai essayé de faire plus attention lors de mes rares excursions dans le monde extérieur et – horreur – les murs de la ville fourmillent de pubs anglaises (mal) sous-titrées ! À commencer par la nouvelle Levi’s (« livaïsse », pour faire bien) : « It’s about shape, not size ». La petite étoile nous donne une traduction approximative du type « nouvelle coupe adaptée à toutes les silhouettes » (dès que je retrouve la pub, je vous mets une photo avec la traduction précise). Une adaptation « marketing » qui, à mon sens, perd justement tout son sens : ben, oui, vous avez un joli slogan avec une référence clairement sexuelle et qui, en plus, peut se traduire presque littéralement ! Pour une fois, il n’y avait pas à chercher loin : « Ce n’est pas la taille qui compte, c’est la forme ». Et zou, emballez, c’est pesé. [Je mettrais une image si j’arrive à en faire une photo]

Autre exemple d’adaptation marketing, la nouvelle campagne télévisée pour le parfum Beauty de Calvin Klein, avec la belle Diane Kruger.

Décryptons.

  • It’s what you don’t see: Au-dela des apparences
  • Confidence: Une présence
  • Understated: Subtile
  • Pure: Pure
  • Wise: Sereine
  • Something to be cherished: Précieuse. Emouvante
  • It makes me laugh. Sometimes it makes me cry: J’en souris, parfois j’en pleure.
  • It touches everything: Le pouvoir d’émouvoir.
  • Beauty: Beauty

Sur la forme, tout d’abord: il manque un accent à « au-delà », pour le premier sous-titre. Je chipote peut-être, mais c’est quand même une faute. Sans parler de la redite entre « émouvante » et « le pouvoir d’émouvoir ».

Sur le fond, certains traducteurs trouveront les sous-titres de cette pub géniaux (« Ils ne sont pas collés à l’anglais, ils ont totalement interprété le sens, etc.« ), et bien pas moi. L’interprétation est un peu trop libre à mon goût, surtout lorsque l’on remplace « Une chose que l’on doit chérir » (mot-à-mot) par « Précieuse, émouvante ». J’imagine bien les commerciaux de CK : « Ah ouais tiens, ‘le pouvoir d’émouvoir’, ça rime, c’est classe. Rien à faire, que ça colle pas avec le reste, c’est classe. »

Peut-on dire que « serein » est la même chose que « sage » ? Que « confidence » implique une « présence » ? Que « pure » est la même chose que… ah oui, là ça marche. Bref, on n’est jamais très loin du sens. Mais on n’est jamais dessus non plus.

Et puis le sujet de cette pub, c’est bien la beauté, n’est-ce pas ? Mais à la fin, tout tombe à plat, puisque la traduction du « Biouti » de Diane est… « Beauty ». Alors, certes, c’est transparent. Certes, c’est le nom du parfum dans les étalages de Séphora. Mais on perd franchement de vue que tout ce qui a été dit avant définissait la beauté. C’est ce que j’aurais mis en sous-titre, d’ailleurs.

S’il y a des traducteurs spécialisés en marketing dans la salle, je suis curieux d’entendre leur avis. Êtes-vous souvent surpris ou choqué par les traductions de pub ? Que pensez-vous de celles-ci ?

Chut devant

17 mai 2010 3 commentaires

À Niagara, il n’y a pas que des chutes d’eau, il y a aussi le français qui chute de haut. Il aura donc fallu attendre le tout dernier jour de mon voyage au Canada, pays bilingue s’il en est, pour découvrir de bien mauvaises traductions (sans oublier la serveuse québécoise qui m’a proposé une bière blanche parce qu’elle n’avait plus de « white »).

Fail

6 février 2010 1 commentaire

Vous avez une heure à tuer ? Vous traduisez de l’allemand vers l’anglais ? J’ai le job idéal pour vous (ou pas) : 1,4 million de mots à 0,04€. Prenez votre temps :

Quoting deadline: Mar 30, 2010 21:00 CEST (GMT+2)
Delivery deadline: Mar 30, 2010 22:00 CEST (GMT+2)

Et voila pourquoi je ne compte pas sur Proz et compagnie pour trouver du travail.

(Merci à Chris Irwin, alias @Textklick, pour l’info)

« Traduire rapidement »

20 octobre 2009 5 commentaires

Ah, que ne ferait-on pas pour les sirènes de la productivité ! « Traduire rapidement »: deux termes quasiment antithétiques bien trop souvent rapprochés à mon goût (et ce n’est malheureusement pas un oxymore).

Dernier exemple en date : le site PC Astuces, outil précieux pour magouiller Excel et trifouiller Word, nous apprend donc à « Traduire rapidement du texte » avec Internet Explorer 8 et Bing (rien que l’outil fait frissonner d’angoisse).

Par le biais d’un raccourci dans le menu contextuel (mais si, vous savez bien, un clic droit, quoi), on nous apprend qu’il est possible de « Traduire avec Bing » (qui reflète parfaitement le bruit de votre tête sur le parquet quand vous lirez le résultat).

Le résultat, justement. La rédaction du site a osé publier comme exemple de « traduction rapide » l’extrait suivant (pas besoin de vous mettre le texte source, le français est assez édifiant à lui seul) :

« Une tempête de poussière massive balayée par le biais de pièces de l’Australie du Sud, mercredi, leur baignade dans une brume rougeâtre et invite les responsables de la santé pour avertir les patients de l’asthme de prendre garde. »

Je vous laisse seul juge des dégâts de la « Traduction rapide » convoitée par tant d’hommes pressés, comme dirait l’autre.

Fin de party

15 janvier 2009 1 commentaire

Puisqu’on est dans les mauvaises traductions, je tenais à évoquer une petite chose agaçante, non seulement en tant que traducteur mais aussi en tant que téléspectateur lambda : les (mauvaises) traductions des (mauvaises) séries américaines.

Très bien, je l’admets : lorsque je rentre chez moi après ma journée de travail, je me lobotomise l’esprit devant tout et (surtout) n’importe quoi à la télévision. Mais mon cerveau atteint sa tolérance limite lorsque j’entends parler « d’organiser une partie d’anniversaire » dans une série comique du début des années 1990…

La traduction audiovisuelle est un métier difficile, j’en conviens. Mais il me semble que les traducteurs de l’époque (pour cette série du moins) ne se sont pas foulés. Les doublures n’étaient déjà pas fameuses (les acteurs pourraient parler suédois, la synchronisation des lèvres ne serait pas bien différente pour la ménagère française) mais traduire birthday party par « partie d’anniversaire » me semble relever d’un grave manque de professionnalisme. Voire d’une fainéantise extrême. C’est quoi qu’il en soit une traduction qui déroge à la règle de base de la « transparence du traducteur ». On pourrait même l’assimiler à une trahison du sens de départ ; à moins qu’une « partie d’anniversaire » ne soit juste un bout de gâteau avec une demi-bougie et des bras d’invités.

Certes, depuis vingt ans, le travail du traducteur a considérablement évolué avec les nouvelles technologies. Mais pourquoi ne pas tout simplement traduire party par « fête », « soirée » ou même « boum » (qui à l’avantage de coller à l’époque de la série), qui sont autant de solutions convenables sans pour autant nuire (davantage) au timing ou à la synchronisation des lèvres.

Moi qui suis un fervent adepte des séries et films en version originale, j’ai tout de même l’impression que la qualité des traductions s’est globalement améliorée. Mais vous, que pensez-vous des sous-titres et des doublures d’aujourd’hui ?

Les plus mauvaises traductions de 2008

12 janvier 2009 0 commentaire

Comme promis, cette fois c’est un billet un peu plus sympa que ce que j’ai pu poster depuis le début de l’année. Je vous propose donc un petit florilège des pires traductions, cru 2008. Ce Top Ten, tout à fait subjectif, a été publié sur le blog d’une agence de traduction américaine, Alta.

Notez que les deux traductions-gag que j’ai citées sur ce blog, concernant le gallois, figurent en bonne place au classement. Sans oublier l’erreur de traduction (française) de l’Accord de paix entre la Russie et la Géorgie qui aurait bien pu avoir des conséquences catastrophiques !

C’est à lire, en anglais, ici : Top 10 Translation Fails of 2008.

Et en bonus, une vidéo découverte sur le blog de Céline, Naked Translations.

Joyeuse traduction de Noël !

9 décembre 2008 0 commentaire

Dimanche dernier, la première chaîne nationale a diffusé le film Joyeux Noël*, illustrant la fraternisation des factions ennemies dans les tranchées durant l’hiver 1914. Sans parler de l’aspect artistique de la réalisation, TF1 a fait le choix – discutable – de proposer une versiondu film intégralement traduite en français. Sachant qu’une grande partie de l’intérêt réside justement dans la transcendance des différences culturelles et linguistiques dans les tranchées à l’occasion d’un évènement religieux partagé, délaisser le facteur multilingue me semble être un mauvais calcul.

Pour mettre ma réflexion en contexte, le film s’inspire des récits évoquant les épisodes de fraternisation entre les soldats français, britanniques et allemands autour d’un no man’s land de quelques mètres carrés. La veille de Noël, les trois camps décident de poser les armes et de fraterniser le temps d’échanger quelques mots, des denrées, une partie de foot et d’enterrer leurs morts.

Cette fraternité est marquée par la barrière linguistique que chacun s’attèle à dépasser sans connaitre la langue de l’autre. Et voilà que TF1 nous propose une version édulcorée du film (normalement trilingue), complètement doublée en français, où le sens des images fini par nous échapper. Il devient ainsi difficile de comprendre pourquoi une cantatrice Suédoise répète deux fois de suite la même phrase en s’excusant au milieu, sans raison apparente. Ce n’est qu’en connaissant la version originale du film que l’on comprend que cette Anna Sörensen s’adresse en allemand à deux Français avant de se reprendre et de reformuler sa requête dans un français approximatif. Sans parler des échanges entre soldats de nationalités différentes, gesticulant pour se faire comprendre, qui tournent au ridicule puisque la fameuse ménagère de moins de cinquante ans les entend tous parler français sur TF1.

On ne peut donc que déplorer que les choix commerciaux des chaînes de télévision se fassent au détriment même de l’intérêt des films. Celui-ci aurait mérité un meilleur sort, peut-être en passant sur d’autres chaînes, comme Arte par exemple.

*Joyeux Noël (2005), de Christian Carion, avec Guillaume Canet, Diane Krüger, Dany Boon et Daniel Brühl