Archives pour la catégorie Bob et La Rousse

Quelque/Quelques

29 mars 2013 0 commentaire

Voici une erreur que l’on retrouve souvent, trop souvent.

Rappelons les règles de base.

1. Utilisé devant un nombre, « quelque » signifie « environ » et prend la fonction d’adverbe : il est donc invariable. On dira par conséquent :

Gareth Bale pourrait aller jouer au Bayern pour quelque 60 millions d’euros.

Comme adverbe, « quelque » peut également avoir une valeur concessive (Quelque écrivain qu’il soit, il fait quelques erreurs)

 

2. Ce petit mot peut également devenir adjectif, auquel cas il sera toujours invariable, mais cette fois au pluriel. Il indique alors une quantité imprécise mais comptable :

Même L’Équipe (21) fait parfois quelques erreurs de français.



Piédestal aux pieds d’argile

27 juin 2012 4 commentaires

Deuxième news sur le football en quelques semaines, les amateurs de sport seront comblés ! Il faut dire que je baigne dedans en ce moment avec le Championnat d’Europe de l’UEFA

D’ailleurs, certains semblent avoir les jambes qui flageolent avec tout ce sport :

Rappelons qu’il s’agit bien d’un piédestal (pluriel : piédestaux), support isolé d’une statue, d’une colonne, d’un élément décoratif ou au figuré action, situation qui donne du prestige à quelqu’un, qui le propose à l’admiration, de « pied » et « estal » (soutien, support) en passant par l’italien et le germanique.

On constate cela dit que l’erreur a rapidement été réparée… Ouf, on peut se relever sur nos deux pieds (d’estaux ?)

Quand le football s’essaye à la poésie

11 mai 2012 2 commentaires

…ça ne marche pas toujours.

Le club de football de l’Olympique de Marseille a donc dévoilé son nouveau maillot pour la saison prochaine. Outre la faute de goût, le quotidien La Provence a également décelé… une faute d’orthographe. Ce ne sont pourtant pas les textes qui abondent sur les maillots. Mais quand on veut faire des vers, on risque de devenir verts ; les ciel et blanc de l’OM s’en souviendront.

« Nos cœurs sont oranges« . Oui, mais non. Nos cœurs ne sont qu’orange.

Profitons-en pour revoir un petit point de grammaire, parce que les goûts et les couleurs, ça ne s’accorde pas toujours. Et le pluriel des couleurs peut être un vrai casse-tête.

La règle générale affirme que « l’adjectif de couleur utilisé seul suit la règle générale des adjectifs et s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie », nous rappelle le Guide d’Antidote. Soit. On dira donc « De jolies fleurs bleues se cachent sous ces feuilles vertes. »

La où ça se gatte, ce sont les cas particuliers. Les adjectifs deviennent alors invariables. Voici les différents cas :

  • le mot couleur est suivi d’un nom : « ses yeux couleur noisette ».
  • la couleur dérive d’un nom : « les tulipes citron« , « les pivoines framboise« . Et bien sûr : « les cœurs orange« . Et oui, on sous-entend le mot « couleur » (les cœurs couleur orange), ce qui nous ramène à la règle précédente.
  • deux couleurs combinées : « des yeux bleu-vert« , « une chevelure brun-noir« . Notons que le trait d’union n’est pas obligatoire.
  • une couleur avec un mot apposé  : « des pousses vert pomme ou vert tendre« . On sous-entend le nom commun.

Mais il y a aussi des situations plus complexes, où notre adjectif peut être tantôt invariable, tantôt accordé :

  • une couleur et un complément introduit par de :
    • Invariable s’il s’agit d’une véritable couleur : « une voiture jaune d’or« , « une veste bleu de nuit« .
    • Accordé dans le cas contraire : « Elle était verte de peur« , car vert n’est pas une couleur particulière, juste une image.
  • des couleurs coordonnées, unies par et :
    • Invariable si l’objet contient toutes les couleurs : « Sur le voilier, toutes les femmes devaient porter des robes bleu et blanc » (les robes sont bicolores).
    • Accordé si c’est l’une ou l’autre couleur seulement : « Sur le voilier, toutes les femmes devaient porter des robes bleues et blanches » (certaines robes sont bleues, d’autres blanches).
    • Invariable encore s’il n’existe qu’un exemplaire pour chaque couleur : « Trois robes bleue, blanche et rouge » (une de chaque couleur).

Vous vous faisiez avoir comme un bleu ? Pas de quoi rougir, il y a de quoi s’emmêler les pinceaux !

Alurette, gentille alurette

14 mars 2012 3 commentaires

Le français est une langue passionnante. Et Antidote un outil d’exception, qui permet d’en découvrir tous les jours un peu plus.

Par exemple, je viens juste d’apprendre l’origine de l’expression « il y a belle lurette ». J’utilise Antidote (très bien présenté par Ma Voisine ici) pour son correcteur d’orthographe si efficace, mais aussi pour ces nombreux guides et dictionnaires, à commencer par le dictionnaire de synonymes, qui m’a sauvé bien des traductions. Or donc, alors que je cherchais un synonyme imagé de « longtemps », mon logiciel m’a proposé « il y a belle lurette ». Comme je cherchais une expression bien particulière, si possible avec une référence à un âne (ne me demandez pas pourquoi), j’ai décidé d’enquêter sur ce mot : lurette.

C’est vrai quoi, je ne l’ai jamais vu utilisé en dehors de cette expression (et j’ai vérifié, rien à voir avec la comptine du titre)

Et bien Antidote m’a appris qu’il s’agissait tout simplement d’une déformation de l’expression « Il y a belle heurette« , que je trouve mignonne comme tout, en passant.

Du coup, j’ai bien envie de vous faire un petit point de français un peu plus régulièrement et vous partager mes découvertes ou rappeler des règles essentielles (comme l’accord de 1,5, les inversions avec « je », etc.). Ça vous tente ?

Et n’oubliez pas : dès demain, les 2es rencontres de la traduction s’ouvriront dans le cadre du Salon du Livre, porte de Versailles à Paris. J’y serai, et vous ?

Le journalisme sportif: sans état d’âme?

6 octobre 2011 1 commentaire

Qui a dit que sport et intellect ne faisaient pas bon ménage ?

Moi qui effectue régulièrement des traductions sportives, je suis assez fasciné par le vocabulaire utilisé par les journalistes et leurs tics de langage. À commencer par les innombrables références guerrières utilisées pour des jeux qui se veulent pacifiques et même pacifistes (« Au terme d’un combat sans merci, X a vaincu son ennemi Y, qui a fini par se rendre »).

Cet été, dans les pages de L’Équipe, le linguiste Claude Hagège était brièvement interviewé. Du « no trouble » à « Du côté de chez Swann », de la culture à l’inculture, il analyse quelques habitudes, bonnes et mauvaises, des journalistes sportifs, comme celle de se copier les uns les autres « sans état d’âme ».

Lui qui se dit enchanté de voir L’Équipe employer régulièrement le passé simple dans ses articles, peut-être devrait-il éviter de se rendre sur le site de l’UEFA, où l’imparfait est de mise. Mais trêve de bavardage, voici l’article en question.

Dans la même veine, j’avais repéré lors de mon séjour à Barcelone un petit ouvrage fort intéressant de Néstor Hernández Alonso intitulé « El Lenguaje de las crónicas deportivas » (éd. Cátedra) qui analyse la structure des chroniques sportives, leur grammaire, leurs adjectifs, leur syntaxe, ou encore le langage sportif propre au sport féminin. Bref, un petit ouvrage fort intéressant pour les amateurs du genre (en espagnol, bien sûr).

 

Post-scriptum : désolé pour ma longue absence, j’ai été fort occupé en cette rentrée. Ce ne sont pourtant pas les idées de billets qui manquent. J’essayerai de vous parler bientôt du glagolitique, cet alphabet qui a ponctué mes vacances en Croatie. J’ai également dans ma besace un petit sujet sur la Sofia et sur la sortie de l’auto-entrepreneur. Soyez patients !

Coquille sous roche

14 avril 2011 4 commentaires

Certains d’entre vous le savent déjà, j’ai moi aussi participé à la grande aventure européenne (en partenariat avec Les Piles). En attendant peut-être un compte-rendu in extenso de la journée de concours (pour le moment, je trépigne d’impatience alors que les résultats sont attendus pour juin), des collègues m’ont soufflé une idée de billet.

Je ne suis pas sûr d’avoir le droit de diffuser le texte italien du concours de l’UE pour la traduction, que j’ai retrouvé sur Internet. Ce que je peux dire en tout cas, c’est qu’il s’agit d’un article tiré de R2 Diario, le supplément de la Repubblica. Le jour du concours, plusieurs candidats et moi-même avons remarqué une coquille dans le texte source. Un nom propre dont la seconde occurrence a été mal orthographiée. À moins qu’il ne s’agisse des Dupont et Dupond de la Repubblica.

Oui mais voilà : cette faute n’existe pas dans le texte original.

Alors que s’est-il passé ? Simple coquille ou petit piège vicieux ? J’imagine mal des petites mains européennes retaper les textes de tous les concours juste pour avoir une mise en page standard quand il est tellement simple de copier-coller. C’est donc une faute rajoutée, volontairement ou non, à l’épreuve de l’UE. Serait-ce une énième méthode pour évaluer notre concentration et l’attention portée aux détails ?

Dans le doute, j’ai ajouté une note de traducteur à la fin de mon travail pour indiquer qu’il s’agissait probablement d’une erreur.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Simple inattention dans la préparation des copies ou piège délibéré ?

Court de ratrappaje

30 juin 2009 3 commentaires

Mon Dieu, quelle horreur ! Quelle entrée en matière abominable ! Avec un titre pareil, je suis bon pour réviser mon brevet. Ou bien devrais-je suivre des cours particuliers ? Après tout, il existe tant d’organismes qui nous promettent des résultats miracles à l’approche des examens.

Il y en a un, d’ailleurs, qui nous rabâche les yeux (si si, c’est possible) dans le métro parisien. Croire au potentiel de chacun, qu’ils disent. Programme alléchant s’il en est. Alors pourquoi ne pas leur confier mon futur orthographique ? Parce que ça :

Vous feriez confiance, vous, à un organisme qui vous propose « une formation spécial examens » ?

A nouveaux maux, nouveaux mots

29 avril 2009 0 commentaire

L’actualité est une vraie source d’inspiration linguistique. Les nouveaux phénomènes de société impliquent nécessairement la création de nouveaux termes pour mieux les définir. Généralement, l’anglais est bien plus fécond que le français pour ces acrobaties ; la langue et les mentalités s’y prêtent mieux.

Il était une fois des Grands Méchants pour qui la Crise était l’exutoire idéal pour délocaliser et restructurer. Mais les Gentils Petits Ouvriers ne l’entendirent pas ainsi, et décidèrent alors de séquestrer les Grands Méchants dans leurs propres bureaux pour faire respecter leurs droits.


Ce conte de faits résume en substance la teneur des revendications sociales de ces dernières semaines, qui ont d’ailleurs surpris plus d’un voisin (comme l’Italie, voir ce billet sur le blog Andiamo!). D’où l’apparition de cet élégant néologisme, le bossnapping, qui ferait presque passer une pratique radicale pour un bonbon à la menthe.

Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve que ça sonne bien. M’enfin, tant qu’on n’aura pas inventé le Sarkonapping, il ne faudra pas s’attendre à de grands miracles pour échapper aux Grands Méchants et leur Exutoir.

(Crédit image: leMonde.fr)

Transfèrement

22 avril 2009 1 commentaire

Aujourd’hui encore, je m’intéresse à une question de français plus que de traduction. Après tout, il s’agit de mon outil de travail quintessentiel, autant le soigner !

Vous avez surement entendu parler de cette femme, Florence Cassez, une Française condamnée à 60 ans de prison au Mexique pour kidnapping. Au-delà des retombées diplomatiques de l’affaire (qui fait grand bruit), je voudrais m’attarder sur l’usage répété, par les médias comme par les politiques, du terme « transfèrement ». Je me souviens avoir entendu ce terme à l’époque de l’Arche de Zoé, mais rarement en dehors de tels contextes relevant de la politique internationale. Son utilisation intensive me surprend d’autant plus que le « transfert de prisonnier » me semble être particulièrement courant (notamment lorsqu’il s’agit des vols secrets de la CIA).

Alors que nous disent nos ouvrages de référence ?

Transfèrement, subst. masc. a) Le fait de transférer une personne d’un lieu de détention dans un autre. Synon. plus usuel transfert. Festus (…) croyait, par ce renvoi (…) faire une chose agréable aux Juifs, qui lui demandaient avec tant d’instances le transfèrement du prisonnier (Renan, St-Paul, 1869, p. 542).

La définition du CNRTL se passe de commentaires : « synonyme plus usuel : transfert ». On dirait bien que les médias, comme un seul homme, aient décidé de (re)lancer une nouvelle mode lexicale (« définir ‘mode’ : tendance éphémère et inutile, vouée à disparaitre pour mieux réapparaitre selon un cycle prédéfini par un nombre limité de leaders d’opinion »).

Ne soyons pas mauvaise langue, la diversité linguistique de notre belle langue est saine et sauve !

Comme c’est étanche !

18 avril 2009 0 commentaire

Ne pas se relâcher, ne pas se relâcher… Voilà ce que je me dis régulièrement ces derniers temps pour continuer à alimenter mon blog aussi régulièrement que possible. Encore faut-il trouver de bons sujets, des sujets qui fâchent, des sujets qui font réfléchir, qui font douter (ou pas).

Et bien aujourd’hui, je voudrais faire douter ma muse, mon binôme dans la vie. Aussi tatillonne que moi sur les mots, je l’entends souvent pester contre certains usages (erronés) de la langue courante. Et grand bien lui prend.

Son dernier coup de gueule s’est abattu sur cette pub :

« Les animaux se réunissent pour étancher leur soif ». Voilà une phrase qui la fait bondir à chaque fois qu’elle l’entend. « Qu’ouï-je, qu’entends-je ? ‘Étancher’ ? Quelle ignominie ! Qui ose encore ignorer qu’au XVIe siècle, on épanche sa soif plus qu’on ne l’étanche ! Victor s’en retournerait dans sa tombe ! »

Certes, Victor Hugo nous disait que « Nous sommes la nature et la source éternelle / Où toute soif s’épanche, où se lave toute aile » (Rayons et ombres, 1840, p. 1067). Pourtant, le portail lexical du CNRTL nous indique clairement qu’épancher est utilisé par erreur pour son paronyme… étancher ! Bah alors Vicky ?

Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les définitions des deux termes (toujours tirées du CNRTL) :

Épancher :

Faire couler, (dé)verser. Synon. répandre. Comme un lait pur qu’un vase sombre épanche (Lamart., Chute, 1838, p. 972). L’Oise dans la Seine épanche ses eaux bleues (Banville, Odes funamb., 1859, p. 108).

Étancher :

Étancher la soif. L’apaiser en buvant. On répandait du vin sur sa tombe pour étancher sa soif; on y plaçait des aliments pour apaiser sa faim (Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p. 9). L’eau douce avait, en se gelant, fait éclater le baril qui la contenait. Et, pour étancher sa soif, Maël suçait des glaçons (France, Île ping., 1908, p. 35).

Voilà ma douce, le tort est réparé, tu peux dormir sur tes deux nonoches (je me suis d’ailleurs toujours demandé comment on pouvait dormir sur ses deux oreilles à la fois… à moins d’être sacrément souple ou mal foutu, ça me parait difficilement concevable. Duneton, qui a pourtant La Puce à l’oreille, n’en parle pas).

Pour votre santé, parlez au moins 5 fruits et légumes par jour

2 décembre 2008 2 commentaires

Mon amie, qui a enseigné un temps dans un lycée en Angleterre, m’a récemment fait remarquer à quel point la langue française pouvait être imagée. Ou plutôt, ses élèves le lui ont fait remarquer, l’oreille de l’apprenant étant plus sensible à ce genre de particularités : la langue d’un peuple reflète souvent ses caractéristiques sociologiques et culturelles.

L’exemple par excellence ? Les expressions colorées – fruitées, même – du français. Je cite pêle-mêle : avoir la pèche (ou la patate), être rouge comme une tomate, en avoir pour sa pomme, être bonne poire, avoir une peau d’orange (ou de pêche, encore), appuyer sur le champignon, se prendre le chou (ça revient souvent, quand on est traducteur), prendre une prune, avoir du blé, « se faire carotte » puis se retrouver sans un radis ou encore se mêler de ses oignons… la liste est longue !

Autant d’expressions qui démontrent l’amour français pour la gastronomie et les produits de la nature. À l’inverse, le vocabulaire anglais est au français ce que le Jelly est à la crème brulée : bien moins savoureux ! Il suffit de voir que le mot cook signifie à la fois « cuisiner », « cuire », « préparer », et désigne même le cuistot !

De nombreux sites répertorient les expressions inspirées de la gastronomie, comme aujardin.info.

[Illustration: Giuseppe Arcimboldo, Estate (1563), huile sur bois, Kunsthistorisches Museum, Vienne]