juin 13
LaurentMes Outils
Pour commencer cette nouvelle semaine du bon pied, comme promis, voici un nouvel épisode de la saga sur les outils du traducteur. Après avoir vu comment et pourquoi faire un devis en traduction, je vais donc vous parler des factures. Si le pourquoi semble évident, le comment est plus mystérieux.
N’oubliez pas que ces informations concernent le marché français uniquement.
La Chambre de commerce et d’industrie de Lyon propose un document très complet sur la facture, définie comme « un document de nature comptable établi par l’entreprise commerciale pour constater les conditions d’achat et de vente de produits, denrées, marchandises ou services rendus ».
La liste de mentions obligatoires étant assez longue, je ne vais pas la copier ici, mais je vous renvoie au document en question.
Un point qui me tient à cœur : le délai de paiement. La loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 instaure un délai de paiement limité à 45 jours fin de mois ou 60 jours à compter de la date d'émission de la facture. Mais rien ne vous empêche de réduire ce paiement, notamment dans vos CGV, à 30 jours par exemple.
Petites précisions terminologiques : l’expression « 30 jours fin de mois » signifie que l’on compte 30 jours, puis on se place à la fin du mois (exemple : je fais ma facture le 10 juin, j’ajoute 30 jours, soit le 10 juillet, et je saute à la fin du mois : la facture est donc à régler le 31 juillet au plus tard). L’expression « 60 jours à compter de la date d’émission » signifie tout simplement 60 jours calendaires : une facture émise le 10 juin est à régler le 10 août.
Pour ma part, j’ai ajouté sur mes factures que tout retard de paiement était susceptible d’être pénalisé à hauteur de 15% du montant de la facture. La loi citée ci-dessus indique quant à elle que « le taux d'intérêt minimal des pénalités de retard sera porté à 3 fois le taux d'intérêt légal ».
Les autoentrepreneurs, qui ne sont pas assujettis à la TVA, ont deux autres mentions obligatoires :
- À côté du montant total à payer : TVA non applicable, art.293-B du CGI
- À côté de votre numéro SIRET et code APE : Dispensé d'immatriculation en application de l'article L123-1-1 du code de commerce ou en application du V de l'article 10 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 relative au développement du commerce et de l'artisanat
Et comme je suis un Bisounours, voici un modèle de facture que vous pourrez adapter et utiliser à votre convenance. Pour la petite histoire, je le fais sous un tableur pour me faciliter les calculs, mais sous Word, ça fonctionne tout aussi bien. Ah et tant que j’y pense : enregistrez vos factures en PDF avant de les envoyer, ça évitera des soucis.
Modèle de facture
juin 08
LaurentBlogs et traduction
En parcourant un peu les stats de mon site, je me suis aperçu que certains billets étaient injustement boudés par les oiseaux de passage. C'était donc l'occasion de vous renvoyer vers trois messages qui méritent, je crois, une petite (re)lecture. Et comme promis, lundi, vous saurez tout sur les factures.
-Cogito ergo(nomi) sum - publié en septembre 2009 - parce que j'ai mal au dos. Et que c'est article, tiré du bulletin des anciens élèves de l'ESIT, vous explique comment adopter une bonne position de travail.
-Transfèrement - publié en avril 2009 - parce qu'avec l'affaire DSK, on va en entendre parler dans les prochains mois.
-Objets traduisant non identifiés - publié en mai 2009 - parce que c'est rigolo.
juin 06
LaurentMes Outils
J’aimerais revenir un peu aux sources de NJATB, à son utilité initiale : donner des conseils et des infos pratiques sur la traduction. Aujourd’hui, je vais donc vous donner toutes les informations nécessaires pour faire un bon devis. Et demain, on parlera facture.
Une petite précision s’impose avant de commencer : les informations que je vais vous donner ici concernent le marché français uniquement. Il peut y avoir des différences significatives dans les autres pays, que ce soit au Canada, en Belgique ou dans les pays anglophones. Pensez donc à adapter le devis à la loi de votre pays.
Un devis, à quoi ça sert ? Comme on dit souvent : mieux vaut prévenir que guérir. La pire chose qui puisse se produire est qu’un client peu scrupuleux nie avoir commandé une traduction après que vous lui avez renvoyé votre travail, tout ça pour avoir un texte à l’œil. Et sans devis, bon de commande ou autre trace écrite, vous n’avez rien pour prouver sa mauvaise foi.
Si une simple gribouille peut faire l’affaire, comme un e-mail où le client vous demande de traduire tel document, mieux vaut généralement un bon de commande (émis par le client) ou un devis (émis par le traducteur) en bonne et due forme. Et puis ça ne coûte que quelques minutes...
Il existe alors un certain nombre de mentions à faire figurer sur le devis : coordonnées du traducteur et du demandeur, date de réception, de livraison, titre du texte, délai de validité du devis, tarif à l’unité (mot, page), tarif total, conditions de facturation… Et le fameux « Bon pour accord » du client.
Plutôt que de vous laisser davantage dans le doute, je vous propose de télécharger ci-dessous un modèle de devis type pour la traduction. Vous devez bien entendu adapter le contenu à vos besoin, en ajoutant notamment vos conditions de vente (ou celles de la SFT) et les termes négociés directement avec votre client.
Modèle de devis
Sachez qu’il est également possible de demander un acompte, ce qui est pratiqué par de nombreuses professions, notamment pour les contrats les plus importants
Prochain épisode : la facture !
juin 03
LaurentBlogs et traduction
Les résultats du Top 100 Language Lovers ont été publiés, et comme vous pourrez le remarquer, votre humble serviteur n'a pas été retenu dans la liste finale. Il faut dire que la nouvelle formule, avec seulement 25 places par catégorie, a largement fait monter les enchères. Résultats: absolument aucun blog français sur la traduction. Dommage. Et pour faire grincer encore quelques dents, on notera aussi la présence du site Proz dans deux catégories... So much for language lovers.
Ce petit classement m'aura en tout cas permis de connaître un nouveau site, Le Mot Juste en Anglais, classé 9e en 2010 et hors compétition cette année. Ce site, créé par Jonathan Goldberg, avocat retraité et traducteur-interprète anglophone, aidé de Laura Vallet, une jeune Française en fin d'études, s'adresse "au locuteur français passionné par la langue anglaise". Des mots, des expressions ou des faits anglais sont décortiqués et analysés à grand renfort de vidéos et d'images. Mais Le Mot Juste, c'est également une collaboration avec plusieurs blogueurs-linguistes, comme Riccardo Schiaffino (About Translation), Anne Gilmé (Upside Down), ainsi que René Meertens (auteur du célèbre guide de traduction anglais-français) et moi-même! Cette collaboration, qui sera l'occasion d'échanger des points de vue sur les questions linguistiques, en est encore à ses prémices, mais s'annonce passionnante!
J'ai aussi une petite surprise sur le feu, avec Mox. Mais je n'en dirai pas plus pour le moment... J'ai également appris que le flux de NJATB venait d'être intégré au site La Rassegna del Traduttore, un site italien qui rassemble les flux de nombreux sites consacrés aux langues et à la traduction. Ésperons que ce soit une bonne nouvelle.
Par ailleurs, entre deux livres sur les signes astrologiques et le calcul - ô combien passionnant - de son ascendant, je songeais éventuellement à donner un petit coup de jeune à NJATB en lui trouvant un nouveau petit nom. Et plutôt que d'imposer un nouveau choix, j'ai préféré céder aux sirènes du Web participatif-2.0-high-tech-buzz-new-gen-globalnetworking: le Web dont vous êtes le héros. Je vous invite donc à laisser vos propositions en commentaires et je les soumettrais au vote des lecteurs d'ici quelques semaines, si je réunis suffisamment d'idées. Quelques critères:
- le titre doit être facile à mémoriser et à prononcer (plus que l'actuel)
- il doit pouvoir s'exporter/se traduire facilement
- il peut être en anglais ou en français (latin ou grec, si ça vous amuse)
- il doit avoir un rapport avec la traduction ou les langues
- Et bien sûr, il ne doit pas être déjà pris par un autre site
- C'est encore mieux si c'est amusant!
À vos crayons!
mai 25
LaurentTout un métier
L'être humain éprouve un besoin instinctif de se comparer à ses pairs, de classer et de catégoriser. Il a besoin de hiérarchie pour lutter contre l'anarchie et se rassurer. Les sociétés humaines nous obligent à constamment faire nos preuves.
Tout au long de la vie, nous sommes soumis au regard des autres. Ça commence dans le ventre de notre mère, pour vérifier qu'on a une gueule humaine. À la naissance, les parents vérifient qu'on a bien 20/20 en doigts. Ça continue à l'école, où on nous pousse à avoir 20/20 en maths (un peu moins, ça passe aussi, contrairement aux doigts). Puis chez l'ophtalmo qui note la vue (sur 10 seulement, c'est le nombre d'années d'études qu'il a faites, son chiffre fétiche). Puis au collège, au lycée, au bac, aux concours des grandes écoles, à l'université, aux examens de diplôme... Et ça ne s'arrête pas là.
La traduction ne fait bien entendu pas exception. Notre travail est souvent scruté et les critiques sont féroces quand la qualité n'est pas au rendez-vous. Les louanges, même méritées, sont bien moins spontanées.
Certains donneurs d'ordre poussent ce principe à l'extrême et vont jusqu'à infantiliser leurs collaborateurs. Je pense par exemple à ces agences qui emploient des systèmes scolaires d'évaluation des traducteurs par l'attribution de notes à chaque projet. Une moyenne calculée selon certains critères tels que l'emploi d'une terminologie adaptée, le respect des consignes, la mise en page, etc. Ou d’autres moins objectifs comme une tournure de phrase qui déplaît. Si la note est correcte, pas un mot. Si la note est jugée faible, on vous rappelle à l'ordre.

Un moyen comme un autre de séparer le bon grain de l'ivraie ? Peut-être, mais ce n'est certainement pas le meilleur.
Il m'est arrivé plusieurs fois, au cours de ma jeune carrière, de me frotter à des critiques plus ou moins pertinentes de mon travail. Si j'accepte généralement bien les remarques, que je vois comme un moyen d'améliorer mon travail, la dernière en date m'a plus affectée que je ne l'aurais pensé. J'y vois plusieurs raisons.
• Sur le fond, tout d'abord : le caractère plutôt exceptionnel de ces critiques les rend encore plus notables et induit une remise en question.
• Ensuite, sur la forme : un simple mail d'une ligne envoyé par un responsable quelconque, le genre gros bras laconique qui sort d'on ne sait où pour emballer vos affaires dans un carton et vous accompagner jusqu’à la sortie. Or donc, attaché à ce mail se trouvait un fichier compilant quelques remarques moins diplomates les unes que les autres, voire blessantes, sans doute issues de l'esprit malicieux d'un relecteur mal luné.
• Autre aspect délétère, conséquence directe des deux points précédents : l’absence cruelle de droit de réponse. Ici, le traducteur n'est pas impliqué dans le processus de révision, comme c'est le cas dans d'autres agences ou certaines organisations internationales. Il lui est donc impossible de justifier ses choix et de défendre son travail. L'agence toute puissante ne tolère aucune contestation.
Alors, quelle réaction adopter dans une telle situation ? Plusieurs cas de figure peuvent se présenter :
- Les critiques sont fondées. Il faut essayer de ne pas s'inquiéter (ce qui est plus facile à dire qu'à faire) et comprendre ce qu'il s'est passé. Il arrive parfois que l'on soit fatigué, débordé, que l'on ait la tête ailleurs ou qu’un texte nous plaise moins qu’un autre. Il faut bien étudier la révision, remercier le réviseur et s'en servir par la suite pour ne plus reproduire les mêmes erreurs. Vous pouvez, par exemple, faire un glossaire propre à ce client ou afficher au-dessus de votre écran les points à ne pas oublier pour les projets suivants. Et pensez à prendre quelques jours de vacances ; les accidents arrivent, et un peu de repos permet souvent d'arranger les choses.
- Les critiques sont infondées. Vous êtes convaincu que votre travail est de bonne qualité, que le réviseur a une dent contre votre style rédactionnel ? Le mieux est sans doute de décrocher son téléphone, voire de passer à l’agence si c’est possible, pour qu’une véritable discussion s’engage avec le réviseur. Déployez des trésors de diplomatie, sous peine de faire fuir une source de revenus : évitez par exemple de tout contester en bloc (pour ne pas avoir à son tour l’attitude du gros bras pas futé), illustrez vos propos et appuyez-vous sur des sources fiables. Si tout cela est impossible, peut-être est-il temps de trouver un client plus conciliant. Quoi qu'il arrive, évitez de crier à l'injustice, ça n'attire rien de bon.
- Il y a du lard et du cochon dans votre travail. Inspirez-vous des deux points ci-dessus.
Dans tous les cas, adoptez une attitude professionnelle. Essayez d'obtenir des comptes-rendus aussi détaillés que possible. Soyez objectifs, reconnaissez vos erreurs et défendez vos choix de traduction. Un feed-back doit être enrichissant, afin de vous aider à progresser, et non pas de vous convaincre que vous vous êtes trompés de métier.
Si vous aussi, vous avez déjà fait face à des critiques, n'hésitez pas à partager votre expérience et votre réaction dans les commentaires.
(Un grand merci à Vanessa et Magali pour leur aide sur ce billet)